Vincent Bernard: vigneron, épicier et père adoptif

Pour le premier article de ce blog, je m’intéresse à mon arrière-arrière-grand-père maternel Vincent Bernard. Parmi mes ancêtres, Vincent est un de ceux auxquels je suis le plus attaché. Je n’ai malheureusement aucune photographie de lui, ce qui serait une belle addition à ma collection de documents sur Vincent et sa famille. J’espère qu’une photo existe, comme pour sa femme et ses enfants, mais si c’est le cas, elle est peut-être dans la collection personnelle d’un autre généalogiste de ma famille, fermé à tout échange.

Naissance et séparation de la famille

 

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Acte de naissance-Archives de Côte d’Or [En ligne]

Vincent Bernard est né le 21 Août 1860 à Flavignerot, petite commune d’environ 130 habitants hissée sur la Côte de Nuit, en contrebas du Mont Afrique, près de Dijon. Il est le fils de Jean-Baptiste Bernard, maréchal/manouvrier de 24 ans, et de Victorine (parfois Victoire) Chevillon. Il est le premier Vincent que je trouve dans cette famille. Il ne fait guère de doute que le nom est lié au saint patron des vignerons. Le travail de la vigne est important dans la région, y compris à Flavignerot à cette époque où de nombreuses personnes vivent de la production du vin.

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Flavignerot, à l’Ouest de Dijon – Image provenant de Google Earth

Entre 1861 et 1866, la famille vit des moments difficiles. La nature de ces difficultés est compliquée à déterminer même si des soucis financiers semblent provoquer la séparation de Jean-Baptiste, Victorine et Vincent. Lors du recensement de 1866, Vincent est domicilié chez ses grands-parents maternels Claude Chevillon et Catherine (née Grémeaux), vignerons à Gevrey-Chambertin. Ces derniers semblent mener un train de vie convenable. Ils ont deux domestiques, Jean Mouchet et François Grapin. Vincent est inscrit par erreur comme étant le fils de Claude et Catherine. En l’absence de ses parents, Vincent est donc élevé par ses aïeux. Il est en compagnie de sa tante Marie Chevillon qui a quelques mois de moins que lui.

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Domicile de Claude Chevillon et Catherine Grémeaux -1866- Archives de la Côte-d’Or [En Ligne]

Nous retrouvons Jean-Baptiste à l’hôpital général de Dijon où il décède le 1 janvier 1867 à l’âge de 30 ans comme ses parents. L’officier d’état civil note que Jean-Baptiste est un maréchal sans domicile fixe. Il est alors difficile de trouver où se trouve Victorine à ce moment, mais elle décède le 22 décembre 1884 au 4 rue de la Chine dans le XXe arrondissement de Paris. C’est au 4 rue de la Chine que se trouve l’hôpital Ternon, ouvert en 1878. Vincent est fils unique.

Service militaire et premiers mariages

En 1880, Vincent Bernard se présente au bureau de Dijon pour son service national. Il est alors manouvrier domicilié à Gevrey chez sa grand-mère Catherine désormais veuve. Victorine vit déjà à Paris en 1880. Vincent est dispensé de service militaire car il est fils aîné de veuve. Il est cependant rattaché à la réserve du 27e régiment d’infanterie de ligne basé à Dijon. Il participe à des exercices en 1887 et 1889. Grâce au signalement physique de Vincent, j’apprends que la tradition des yeux bleus dans ma famille maternelle est déjà présente. Il sait lire, écrire et compter.

 

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Signalement de Vincent Bernard- Archives de la Côte-d’Or [En Ligne]

Le 27 septembre 1882, Vincent Bernard épouse Anne-Marie Chaffotte, native de Gevrey et fille du vigneron François Chaffotte. L’acte de mariage indique qu’un avant son décès, Victorine est alors fruitière à Paris, rue des Boulangers. Elle consent au mariage mais n’est pas présente. Deux oncles de Vincent sont présents au mariage : Antoine Bernard et Barthélemy Jacotot. Tout juste six mois plus tard (!), Vincent Bernard, désormais vigneron, annonce la naissance de sa fille Marie Eugénie le 9 février 1883. Malheureusement, Anne-Marie Chaffotte décède un mois plus tard, le 5 mars. La petite Marie Eugénie décède à son tour le 5 avril.

Le 6 mai 1883, une publication de mariage affichée sur la porte de la mairie de Gevrey annonce à la population l’union prochaine de Vincent avec Eugénie Catherine Gaudot, vigneronne née à Paris. Il n’y a pas d’enfant issu de ce mariage et Eugénie meurt le 27 février 1900. Vincent est donc veuf pour la seconde fois.

 

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Vignerons à Gevrey-Chambertin, 1909 [photographie téléversée par jp66007g sur Généanet]

Jeanne Breton

Mon arrière-arrière-grand-mère Jeanne Breton est née le 20 décembre 1869 à Saint-Aubin-en-Charollais -Saône-et-Loire). Fille de Pierre et Françoise (née Gaillot), elle est la troisième d’une fratrie de 10 enfants qui se dispersent dans l’Est de la France. En 1891, à l’hôpital de la Maternité de Dijon, Jeanne devient « mère-fille » en donnant naissance à Antoinette Marie. Il n’y a pas de père, officiellement.  Elle a deux autres enfants, Julien Antonin en 1896 et Bernard en 1898, qui sont reconnus ultérieurement par le tonnelier Antoine Roy. En 1900, une fille, Angèle Eugénie, naît de Jeanne et d’un père inconnu. Elle meurt quelques semaines plus tard. Jeanne a donc quatre enfants nés hors mariage et M. Roy ne reconnait que Julien et Bernard.

 

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Jeanne Breton- Collection familiale. La mauvaise qualité provient de la difficulté de soutirer les cadres à ma grand-mère pour les scanner (blague)

Le 1 février 1902, Vincent et Jeanne sont mariés à Dijon. Il a 41 ans et elle 32 ans. L’acte de mariage est accompagné d’une reconnaissance d’Antoinette Breton qui prend le nom de Bernard. Est-elle la fille de Vincent, le fruit d’une relation adultérine alors que Vincent est toujours marié à Eugénie Gaudot ? Peut-être, impossible de le savoir. Après le mariage, Vincent abandonne la vigne pour devenir épicier avec Jeanne. Julien et Bernard Roy accompagnent leur mère dans un nouveau domicile, la petite famille s’installe à Gevrey, rue des Tilleuls. Ils sont adoptés par leur beau-père. Pour vivre, Vincent se rend à Dijon une fois par semaine afin de vendre ses produits. Une anecdote, que nous prendrons avec des pincettes mais qui est fort amusante, m’a été transmise par ma grand-mère (qui n’a pas connu Vincent). Un jour de marché, le cheval avec lequel Vincent se rend à Dijon rentre seul à Gevrey-Chambertin. Quelques habitants, dont le garde-champêtre, effrayés que quelque chose soit arrivé à Vincent, décident de retracer le chemin jusqu’à Dijon. Sur la route, ils finissent par retrouver Vincent attablé à une auberge. Le cheval, semble-il, était plus pressé de rentrer à la maison que son maître.

Nouvelles vies et vies enlevées

La famille de Vincent et Jeanne commence à s’agrandir dès la fin 1902, avec la naissance de mon arrière-grand-père René Vincent Marius. En 1906, c’est au tour de Lucienne, dite Berthe, de voir le jour, suivie par Yvonne en 1912. Cette même année, la fille adoptive de Vincent, Antoinette, épouse Maurice Maréchal, un assureur de Gevrey-Chambertin. Il est tué en 1915 au Bois d’Ailly dans la Meuse. Le soldat Maréchal sert dans le 27e régiment d’infanterie, aux côtés du soldat Léon Tachet qui est un cousin germain de Vincent. Il est lui aussi tué. Antoinette meurt en 1918, trois ans après son mari, peut-être de la grippe espagnole. Julien Roy, devenu apprenti chez un clerc de notaire, tombe en 1917 au Mort-Homme. Son frère Bernard sera exécuté lors de l’occupation en 1943, pour fait de propagande communiste. Cette énumération des victimes de la Première Guerre Mondiale n’est pas anodine. Le fils aîné de mon arrière-grand-père porte les prénoms de Lucien (un oncle maternel lui aussi tué) Léon Maurice Julien. Que de parents fauchés dans la jeunesse !

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Signatures de Vincent et de Jeanne en 1902 -Archives de la Côte-d’Or [En ligne]

Après l’hécatombe de la guerre, les vies de Vincent et Jeanne me sont moins bien connues. Vincent meurt le 31 janvier 1923 à l’âge de 62 ans. Il lègue maison et terres à son épouse qui décède en 1936 au domicile de leur fils René et son épouse Marguerite.

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